Accueil > L’émail dans tous ses états

L’émail dans tous ses états

De tout temps, les artistes émailleurs ont su magnifier l’émail dans des expressions de formes et de couleurs originales et séduisantes. Utilisé depuis des siècles dans les arts et en bijouterie, l’émail sert également à l’industrie. Décryptage.

L’émail industriel

L’émail industriel Matière minérale appartenant à la famille des verres, l’émail est obtenu par fusion à 1 300°C environ, d’un mélange de quartz, alumine, borax, fluospath, carbonates de soude et potasse, et des oxydes métalliques. L’émail fusionné et refroidi, sous une forme granulée ou en paillettes de verre, est ensuite broyé par voie humide ou sèche afin d’être appliqué sur les céramiques et les métaux. Les articles recouverts d’émail sont portés à des températures différentes selon le support. Pour l’acier, les programmes de cuisson s’établissent entre 780°C et 880°C. L’émail a le double avantage de donner aux surfaces émaillées, longévité et beauté. Longévité par le fait de propriétés de résistance aux agressions chimiques, aux intempéries, aux chocs thermiques, à la chaleur.

Les surfaces se nettoient facilement en particulier pour les tags et sont inertes aux proliférations microbiennes. Beauté par sa brillance, ses couleurs, sa texture et les possibilités artistiques des décorations avec des pâtes vitrifiables aussi bien pour la signalétique que pour l’architecture. Les articles de ménage des années 1930 et les plaques publicitaires émaillées ont sans doute une image désuète. Mais ce serait oublier l’extraordinaire engouement en électroménager du tout émail de la seconde moitié du 20ème siècle, avec les expositions grandioses du CNIT à la Défense, et ne pas connaître les performances étonnantes de nombreuses applications. Les qualités d’hygiène et de résistance à la chaleur convenaient bien à l’acier émaillé qui habillait les cuves de réfrigérateurs, celles des machines à laver en blanc, les baignoires et cuisinières dans des gammes de couleurs étendues, et en dégradés de teintes pour les tables de cuisson. Les grands noms de l’électroménager français reviennent en mémoire Thermor, Sauter, Arthur Martin, Scholtès, De Dietrich, Thomson- Brandt, Rosières…

Aujourd’hui les modes ont changé. On évolue vers des fonctions rapides en cuisson des aliments (induction, micro-ondes, four vapeur). Les matériaux se sont diversifiés (inox, vitrocéramique, composites en résine, matériaux plastiques). C’est ainsi que les baignoires se sont faites plus légères et plus design mais moins robustes, et que nos cuisinières compactes sont fabriquées en Turquie et dans l’est de l’Europe. Toutefois les fours autonettoyants par pyrolyse ou facile à nettoyer restent une spécificité du marché français, de même la poterie culinaire en fonte émaillée Le Creuset et Staub, et les appareils de chauffage bois charbon Godin et Deville. Une autre qualité d’émaillage reconnue est celle des chapeaux de brûleur et grille support. On peut aussi citer la fabrication des chauffe-eau (8 millions en Europe en 2007), dont les réservoirs en acier émaillé résistent à la corrosion de l’eau chaude et des condensations.

L’aluminium émaillé, quant à lui, est entré en bonne place sur le marché du petit ménager avec notamment les produits Tefal et Calor. Mais peu de personnes savent que les tableaux des salles de classe sont issus d’une bobine d’acier ultra-mince émaillée en continu, puis refroidie. Elle est ensuite découpée dans les dimensions requises, et collée sur un support rigide. Ce type de panneaux est utilisé en revêtement mural pour les salles blanches dans les hôpitaux, les parois de tunnels routiers, mais aussi pour des panneaux ou décors en trompel’oeil.

Aussi extraordinaire est la fabrication des réacteurs chimiques, dont le volume peut atteindre 100 m3. Ces articles sont garantis 10 ans à la corrosion des acides et produits pharmaceutiques. Les réservoirs d’eau potable et d’eaux usées sont également montés avec des panneaux émaillés de grandes dimensions. Leurs couleurs, bleu cobalt et vert pré, sont en harmonie avec le paysage. Une application industrielle particulière est celle de l’émaillage des échangeurs de chaleur qui résistent à la température et à la corrosion acide en chauffage urbain. Si l’imaginaire peut difficilement suivre ces fabrications complexes, il est plus plaisant de toucher et voir les réalisations en émail pour la RATP et la SNCF, comme les « sièges sourires » en coquille aux couleurs acidulées, ou les personnages sur la fresque de la station Réaumur-Sébastopol.

Quant aux réalisations architecturales, elles restituent à l’émail ses qualités de matériau composite. Ainsi les Folies de la Villette émaillée en rouge, l’immeuble Dexia au Luxembourg, les effigies de Pasteur et de Victor Hugo en Franche-Comté, de Tintin à Nantes, les décors en fronton d’usine ou les synoptiques dans les parcs. L’art de l’émaillage, aussi technique soit-il, est universel et reste un art du feu.

 

Par Yvette Deriemont, présidente d’honneur de l’Association pour l’étude de l’émail vitrifié (APEV)

Parue dans « Offrir International n°428 www.editolux.com «