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L’émail depuis 1840

La fonte…le fer…l’acier et l’émaillage

En 1889, la Tour Eiffel marqua de sa hauteur vertigineuse le siècle de l’acier à venir.

La fonte était connue depuis la fin du 15ème siècle et grâce à la technique du fer puddlé, résultant du brassage à l’air de la fonte liquide, on pouvait déjà laminer des feuilles de 2 mm d’épaisseur. La production industrielle était limitée mais pour l’émailleur artisan, ce support métallique était moins onéreux que le cuivre.

En 1895 l’une des premières « réclames » représentait la petite fille à la plaque de MAGGI du créateur Firmin BOUISSET et Emaux de Suresnes Paris. La grande épopée des plaques émaillées publicitaires commençait jusqu’à 1000 plaques par jour à l’Emaillerie Alsacienne. Après la première guerre mondiale, la fonte traitée en convertisseur Bessemer et Martin produisait l’acier selon des compositions mieux maîtrisées et lorsque sur modèle américain, entre les deux guerres mondiales, les sidérurgistes ont pu fournir des bobines de 5 Tonnes en faibles épaisseurs, l’essor industriel fut assuré.

Le passage à une production industrielle sur tôle d’acier d’articles ménagers émaillés et de plaques a été favorisé par la mise au point en Allemagne, d’émaux obtenus par fusion de matières premières spécifi ques et de composition voisine à celle du verre.

Or voici qu’en 1931, l’Usine Nouvelle titrait« l’aluminium remplace l’émail », c’était sans compter sur les qualités visuelles des émaux couleurs, puisque aujourd’hui, la fonte, l’acier, l’aluminium sont toujours émaillés pour l’aspect et l’hygiène alimentaire.

 

Les plaques émaillées et l’électroménager

Au début du XXème siècle, l’acier émaillé était le seul revêtement décoratif coloré, brillant permettant aux créateurs et émailleurs d’exprimer leur art et aux industriels de communiquer visuellement. L’émaillage des plaques épaisses et bombées, pour éviter toute déformation au four à 850°C, était au début réalisé au poudré avec des jeux de calques et pochoirs. L’image colorée se révélait au cours des cuissons successives. Après 1930, l’application d’émaux liquides au pinceau, à la plume et au pistolet permettait de limiter les passages au four. Plus tard, les techniques de sérigraphie et de chromographie émail ont encore simplifié l’exécution des plaques publicitaires et plaques de rue.Parallèlement à cette réussite, l’acier et la fonte émaillée trouvaient décennies après décennies des applications utilitaires importantes aidées en cela par les expositions des Arts Ménagers de 1923 à 1983 au Grand Palais puis au CNIT. Le public découvrait le matériau émail et ses usages multiples : casserolerie, appareils de chauffage, machines à laver, réfrigérateurs, cuisinières : fours et plaques de cuisson, éviers, baignoires en fonte et en acier. Le développement et la rivalité des deux énergies, gaz et électricité, allaient profiter aux industriels de l’électroménager qui utilisèrent avec beaucoup d’imagination la mixité énergétique. C’était l’ère du tout émail.

Ainsi, l’émaillage sortait de l’artisanat aidé en cela par les producteurs d’acier et d’émaux. L’acier pour émaillage s’anoblit par décarburation, il résiste aux coups d’ongle par traitement thermo-mécanique, s’emboutit, se plie et se soude avec facilité. La qualité des émaux est telle que les surfaces émaillées résistent aux agressions chimiques des produits ménagers : acidité, alcalinité, vapeur, bactéries. Elles résistent à la chaleur, aux chocs thermiques, à la rayure. Elles deviennent auto-nettoyantes par catalyse et pyrolyse. La beauté visuelle du produit émaillé et sa facilité d’entretien séduisent le consommateur ; le blanc prédomine mais la couleur s’installe sûrement : voici en 1972 la cuisinière toute rouge de Rosières ; les tables de cuisson brun-labour, les baignoires couleur de Francémail et bien sûr les poêles en fonte émaillés au effets majoliques. Cette diversité de milliers de pièces journalières est soutenue grâce aux progrès techniques d’application et de cuisson.

L’émaillage de l’acier décarburé en une couche avec des émaux opacifiés à l’oxyde de titane, appliqué par voie humide sur métal décapé, restera l’acquis des années 1958 à 1983. Au-delà, la fabrication d’émaux en poudre à forte résistivité a permis l’application de l’émail à sec par voie électrostatique. Le deux-couche/une cuisson et la mise sur le marché des émaux prébroyés seront un tournant décisif sur la diminution des coûts et le respect de l’environnement.

Aujourd’hui, malgré la concurrence d’autres matériaux (verre, inox, aluminium, plastiques, etc…), l’émail reste unique pour sa résistance à la chaleur et à la corrosion. C’est pourquoi les fours et les cuisinières sont toujours émaillés ainsi que huit millions de réservoirs de chauffe-eau produits en Europe.

(Bibliographie : «60 ans d’arts ménagers» – Jacques Rouaud – éditions Syros Alternatives)

La prochaine rencontre sur le site «matière-émail» sera celui du petit ménager et de la casserolerie.

 

Le petit ménager et la cassolerie en émail

Dans les années fastes de l’Electroménager entre 1950 et 1990 les consommations d’émail atteignaient 12000 tonnes annuelles en France recouvrant ainsi par leurs propriétés de résistance et d’aspect, 15 M de m2 de métaux émaillés : acier, fonte, aluminium.

Au delà des produits Blancs : lave-vaisselle, lave-linge, réfrigérateurs, congélateurs, séchoirs éviers, baignoires…les femmes se libéreront aussi des tâches ménagères en utilisant dans leurs cuisines une quantité de plus en plus performante d’articles culinaires.

Le moulin à légumes de Mr Mantelet en 1932 est bien loin et les moulinettes de toutes sortes vont lui succéder : moulinettes à sel, à sucre, à café, à légumes. Chaque fabricant rivalise d’imagination et tout ce qui mélange, broie, tranche, découpe, filtre sera électrique : cafetières, bouilloires, pilons à potage, robots charlotte, Magimix…la friteuse sera sans odeur, la cocotte sous pression sera minute et le fer à repasser vapeur. Tous ces articles sont proposés en matériaux divers : acier inox, acier peint, aluminium, plastique.

Cependant en 1980 la mode conviviale de partager un repas en plat unique et de gagner du temps prend toute sa dimension et perdure de nos jours. Elle se décline en cuisson – grill, brochettes grill, barbecue, caquelon et appareils à fondue fromage et bourguignonne, raclette crêpière, gaufrier, croque-monsieur, couscoussier, poêle à paella, tout ceci en formes variées et couleurs chatoyantes, résistant à la chaleur, imposant de ce fait l’utilisation des métaux émaillés.

Une nouveauté cependant après la crise pétrolière de 1975 à la suite de laquelle l’émaillage des poêles bois – charbon et inserts sera réactivé ; cette nouveauté c’est le four micro-ondes léger, peu encombrant, rapide quand il décongèle et cuit sans griller. Cette dernière fonction sera mise sur le marché aux alentours de 1985. Les parois du four-mini sont toujours émaillées. Nouveauté aussi le fer-vapeur ultra-glisse de Calor dont la semelle en aluminium est toujours émaillée par milliers.

S’il y a cuisine et cuisson pour la préparation des repas il faut des récipients résistants à la chaleur et compatibles avec l’hygiène alimentaire.

Depuis le rouge Flamenco de Japy en 1952 les batteries de cuisine émaillées s’intègrent avec bonheur et succès dans la vie familiale. Si aujourd’hui l’acier émaillé n’est plus vraiment en faveur la fonte émaillée reste favorite avec son secret du mijotage et la possibilité de la décorer et de la colorer. Cela dure depuis 1953 chez le Creuset.

Après la version bucolique, les décors en 2000-2005 ont trouvé leurs modèles dans la culture potagère : tomate, poivrons, potirons, aubergine et ail.

Si nous reprenons en raccourcis quelques données de Mr Rouaud dans « 60 ans D’Arts Ménagers Tome n° II » nous remarquons :

« Tournus en 1970 crée le tout en couleurs, Cousance la cocotte en fonte « Doufeu » dans les teintes noir, orange, gris harmonic, ambre et bleu. Aubecq imagine la ligne « Château » en deux décors : jardin espagnol fleurs bleues sur fond blanc et Persan aux riches couleurs. Japy orne la série de casseroles Bali de fleurs exotiques. Le styliste italien Enzo Mari dessine la série de cocottes Mama de le Creuset en 1973 et la colore en brun et bleu, en jaune et vert Harmonic.

Apres être parti du rouge satiné et du BisColor, Tefal en vient en 1974 aux pois sur fond blanc et aux lotus sur fond jaune. »

L’ attrait du style Rétro et le goût de cuisiner traditionnel favorise certainement les articles en fonte émaillée que l’on trouve chez le Creuset, Staub et d’autres émailleurs, mais l’envie du tout diététique et de la cuisson sans graisse ont propulsé en première ligne les revêtements anti-adhésifs, ce que confirme l’interview de Mr Muller dans la 4ème Newsletter du Portail Apev et qui montre cependant que Téfal a su conserver la dualité des revêtements émail /PTFE en donnant à l’un la surface extérieure et à l’autre l’intérieur.

Les nouveaux matériaux, l’inox et l’aluminium sont en forte progression mais le retour aux couleurs dans nos cuisines, favoriseront non seulement la fonte, mais également l’acier, émaillés d’autant que les propriétés anti-adhésives des surfaces émaillées sont en voie d’amélioration.