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Edito
L’Email, un séducteur toujours jeune
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L’émail est un vieux matériau, le Président Ayhan CAVUSOGLU le rappelait en
ouverture du 20ème Congrès International des Émailleurs à Istanbul le 16 mai dernier.
C’est à coup sûr le plus ancien traitement de surface imaginé par le génie humain.
L’émaillage industriel a son origine en Allemagne au XVIIIe siècle, les premières
pièces furent de la poterie culinaire en fonte.
Très tôt l’émail a permis aux objets de la vie courante d’acquérir une beauté particulière,
il faut pour s’en convaincre visiter la magnifique exposition du Louvre «Faïences de
l’antiquité» qui présente des coupes et des vases, d’une simplicité raffinée, vieux de 5000
ans. Les Égyptiens ont aussi inventé le design !
L’émail est dans nos mémoires par le design des batteries de casseroles mouchetées de nos grand-mères
que l’on retrouve dans toutes les brocantes juste un peu écaillées. Le retour en grâce des baignoires sur
pieds traditionnelles en fonte émaillée remplit tous les magazines de décoration.
J’empruntais récemment le métro de Marseille et je m’arrêtais une fois de plus devant les panneaux
muraux émaillés de la station de la Gare Saint-Charles.
Pas une tache de rouille, pas une fissure, comme
neufs depuis 20 ans, même si le TGV orange première génération représenté sur l’un des murs n’est plus
trop d’actualité.
Nous souhaitons la même longévité aux nouveaux «sièges sourire» de la RATP. Ils seront
oubliés sans doute dans 5000 ans, mais l’émail lui sera toujours là.
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Roland Dol
Wendel France |
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Dossier
L’objet de valeur, l’objet émaillé.
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«La matière demeure et la forme se perd».
Quand Pierre de Ronsard a écrit cette phrase, il
ne pensait pas au design. Néanmoins, cette pensée
offre un point de départ intéressant pour une réflexion
autour de l’objet industriel. En effet, quel
est le plus important pour un objet : son dessin
ou sa matière ? Les deux car le choix de la matière
confirme la volonté du concepteur. Ainsi, il nous
semble tout à fait logique qu’un banc public
soit en bois si on veut qu’il inspire la sérénité
ou qu’une télévision soit métallisée pour
illustrer la technologie.
Ainsi, le plastique a marqué l’ère du jetable, il a permis de réaliser des
objets fabriqués rapidement et en grande série, des objets à courte durée
de vie qui suivent souvent les modes. La matière est éphémère, elle se
casse ou perd sa coloration.
Au haut de gamme, correspond aussi une gamme de
matières qui, à l’inverse, confère
de la valeur aux objets dans le temps. Cela s’observe
dans le monde des antiquaires car c’est souvent
la matière qui caractérise la valeur d’un
objet ancien, son style la confirme, qu’elle
se conserve ou se patine. «La matière demeure et
la forme se perd», on pourrait dire aussi que l’importance
de la matière s’affirme avec le temps.
Les
objets émaillés font partie de ces objets de valeurs
qui tirent leur force de la matière car l’émaillage
du métal magnifie les surfaces et garantit la permanence
de la couleur et de la brillance. Ainsi, les objets
les plus anodins peuvent devenir exceptionnels grâce
à l’émail. La plaque de rue est belle parce
qu’elle est émaillée, comme l’est ma
baignoire à pieds de lion, ou encore la cocotte
en fonte dessinée par Raymond Loewy en 1959 (illustration).
L’émail représente un très bon choix pour
le concepteur qui désire créer un objet qui dure
longtemps et résiste aux agressions les plus rudes.
Pas seulement ! L’émail est aussi le choix
de la beauté pure, des couleurs aux reflets et aux
teintes inimitables, de l’objet industriel
de luxe.
Grâce à l’émail et à leur talent, les designers de
l’agence A KIKO (illustration et invité) ont dessiné
un nouveau siège pour la RATP à même d’enrichir
le patrimoine architectural du métro de Paris.
La forme conjuguée avec la matière crée la valeur
durable. |
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Invité
3 questions à...
Murielle, Eric et Gilles - agence A KIKO design
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Votre agence de design a dessiné les derniers sièges mis en place sur les quais RATP ; quelle a été
votre démarche de concepteur ?
Eric : Nous avons proposé à la RATP des sièges aux courbes et aux proportions généreuses et accueillantes.
Tous sont ronds et colorés, comme autant de corolles de fleurs qui s’égrènent et animent les stations.
Mieux encore, chaque siège peut pivoter sur lui-même, offrant au voyageur la possibilité de se tourner
vers son voisin pour lui parler, ou le câliner, et permet aussi de se balancer doucement pour se bercer soi même,
« l’esprit libre ».
Gilles : La création d’un siège « coque » était également pour nous l’occasion d’un hommage contemporain
aux sièges dessinés par A.Motte dans les années soixante-dix et qui peuplaient jusqu’alors les stations
du métro.
Murielle : Les contraintes du procédé de mise en oeuvre des tôles (formées par repoussage) ainsi que
l’ergonomie très particulière des assises en forme de coque nous ont conduit à découper le fond des sièges,
découpe qui s’est naturellement trouvé former un « sourire » de bienvenue (c’est ainsi que la RATP
emploie désormais comme code pour désigner ces assises le doux nom de « sièges sourire »).
Pourquoi avoir utilisé l’émail ?
Eric : L’utilisation de l’émail nous a permis de réaliser la jonction optimale entre ces intentions de projet
et le cahier des charges de la RATP, qui était extrêmement complet et exigeant, notamment quant aux performances
de robustesse et de résistance aux graffitis attendues. Nous avons ainsi pu maintenir jusqu’au
bout de la finalisation technique de ce produit notre envie d’un monde coloré et gai destiné à aviver des
stations pas toujours très festives...
Gilles : L’émail seul nous permettait de hisser le traitement de surface coloré des sièges au niveau des
capacités d’un inox, alors que nous avions à l’origine envisagé un thermolaquage.
Murielle : Il est vrai que la résistance aux rayures et la résistance aux salissures de ce matériau sont vraiment
très impressionnantes et ont été réellement déterminantes, mais il faut également signaler la qualité
des couleurs obtenues par émaillage. La profondeur et le velouté du résultat est incomparable avec un
simple thermolaqué...
Quel est aujourd’hui votre point de vue sur l’émail ?
Tous : C’est un matériau fantastique !
Murielle : … qui nous a vraiment permis de nous affranchir des grilles colorées très contraignantes et,
somme toute, très restreintes que sont les teintes RAL ou autres systèmes coordonnés pour les peintures.
Nous tenons à donner un grand coup de chapeau d’ailleurs aux techniciens de notre émailleur [Bretagne
émaillage (NDLR)] qui ont su parfaitement coller à notre palette et à ses évolutions.
Eric : Comme tous les matériaux, l’émail a des principes de mise en oeuvre qui lui sont propres avec lesquelles
il faut souvent jongler ; mais en vérité, nous en sommes à présent convaincus, ce n’est pas tant le
matériau qui peut poser problème que la connaissance (ou bien souvent méconnaissance) que le concepteur
en aura... C’est d’ailleurs vrai de toute matière : un jonc d’acier ne réagira pas comme son équivalent
en bois ou en fibre de carbone. La familiarisation du concepteur avec le matériau est une nécessité impérieuse,
et on pourrait parler bien souvent là d’apprivoisement de l’un par l’autre.
Gilles : Une fois ce cap franchi, on se régale avec des matériaux aussi riches que l’émail ! Je ne saurais
préjuger de la position de tous nos confrères, mais croyez bien que pour notre part en tous cas, nous ne
demandons que cela : faire mieux connaissance avec d’autres matières...
En l’occurrence, notre rencontre avec l’émail a été très fructueuse.
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Portrait
3 questions à...
Patrick JACOB
- Directeur de la division fonte Le Creuset
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En quoi
consiste votre métier ?
Je suis directeur de la division fonte de Le Creuset [Usine de Fresnoy-le-Grand (NDLR)] et j’ai pour objectif
principal de satisfaire tous nos clients en leur garantissant des produits bien fabriqués, bien conçus
et innovants. Car la culture Le Creuset repose avant tout sur la qualité de ses produits. C’est pourquoi
l’usine de Fresnoy est le pilier de l’entreprise. Depuis sa création en 1925, c’est ici que nous étudions,
développons et fabriquons notre gamme pour le monde entier.
Cette qualité qui fait notre réputation, nous l’avons construite sur les bases d’une production soignée et
d’un matériau remarquable : la fonte émaillée.
Car, ce sont les valeurs de la fonte émaillée que nous exprimons à travers notre production :
- La qualité nutritive garantie par une diffusion douce et régulière de la chaleur
- La résistance à vie de l’émail à l’abrasion et aux rayures
- La qualité sanitaire d’un revêtement anti-bactérien qui ne dégage aucun élément toxique en chauffant
Entre modernité et tradition, où se situent les produits Le Creuset ?
Modernité et tradition sont deux éléments indissociables de notre culture.
Bien sûr, nos produits sont traditionnels et nous le défendons. La fonte est tout de même le premier métal
que l’homme a su produire à un niveau industriel ! Quant à la modernité, nous la recherchons en permanence
pour que nos produits participent aux plaisirs de la table. Avec la fonte émaillée, nous avons une
matière techniquement irréprochable qui s’associe très bien aux nouvelles technologies comme la cuisson
par induction par exemple. L’émail nous apporte en plus le Beau grâce à la profondeur de ses couleurs et
à la variété de ses teintes.
Depuis toujours, l’entreprise est consciente des possibilités créatives de la fonte émaillée. Nos collaborations
successives avec des designers de renommée comme Raymond Loewy en 1958 et Enzo Mari
en 1972 ont contribué à construire la marque. D’ailleurs, pour les 80 ans de l’entreprise, nous rééditons
la célèbre Coquelle de Raymond Loewy pour affirmer notre attachement à la création industrielle. Car
aujourd’hui, le design concerne tous nos nouveaux produits grâce à notre bureau d’études interne qui
nous permet d’élever la cocotte émaillée au niveau d’un objet de décoration et de développer une gamme
de produits riche et maîtrisée.
Quels sont vos objectifs pour
l’avenir ?
Notre challenge, c’est de trouver toujours des concepts et des idées nouvelles pour installer la fonte
émaillée comme un matériau contemporain et continuer ainsi à construire l’histoire de Le Creuset.
Par exemple, nous cherchons aujourd’hui à mettre en valeur l’émail en l’associant à d’autres matières.
Pour ce genre de recherche, nous nous appuyons sur des savoir-faire complémentaires entre le designer,
l’ingénieur, le fondeur et l’émailleur. C’est là toute la beauté de notre travail, de réussir à conjuguer ces
métiers passionnants pour parvenir à faire le lien entre l’industrie et l’utilisateur.
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